Edito

Le CCNO par Maud Le Pladec

J’ai la fierté aujourd’hui de succéder à Josef Nadj à la direction du Centre Chorégraphique National d’Orléans. Si j’ai désiré postuler au CCNO, c’est que les atouts et les spécificités culturelles et artistiques d’Orléans et de sa région résonnent fortement avec le travail que je mène depuis dix ans.

Orléans abrite un Centre Chorégraphique National, un Centre Dramatique National, une Scène Nationale, le CADO Théâtre, un des plus prestigieux Fonds Régional d’Art Contemporain, une Ecole supérieure d’art et de design, mais aussi un musée des Beaux Arts ou encore la scène de musique actuelle qu’est l’Astrolabe (…). La vitalité de l’art et de la création dans cette région s’illustre également, et en particulier, dans le champ de la musique. La création contemporaine sous toutes ses formes peut donc y trouver un ancrage et un soutien institutionnel qui font d’Orléans et de sa région un territoire attractif et une terre d’accueil rêvée pour le projet que je propose aujourd’hui.

Je suis une danseuse et chorégraphe formée dans les années 2000, héritière d’une génération d’artistes défendant une approche polyvalente et ouverte de la danse. La présence des artistes dans l’institution me semble primordiale pour que les politiques culturelles continuent de se réinventer. L’institution pour moi n’est pas qu’un mot !

Les institutions sont investies par des discours et des représentations mais aussi et surtout par des imaginaires. « instituere » veut dire « mettre sur pied ». Imaginer que le CCNO met en mouvement une ville et ses habitants est l’une des métaphores sur laquelle repose mon projet. J’ai le désir profond que le CCNO ait une identité artistique forte et reconnue mais surtout qu’il participe à vie sociale et culturelle des citoyens.

Dans mes créations, la danse rencontre la musique, mais aussi le texte ou encore les arts visuels. Ma démarche d’artiste est nourrie du croisement de ces arts. La dimension pluridisciplinaire est au centre de mon travail. C’est grâce à cette spécificité et aux possibilités de décloisonnement qu’elle propose, que j’ai pu imaginer un lieu où la danse s’exprimerait en convergence avec d’autres disciplines. Cette ouverture est par évidence le fondement du projet pour le CCNO.

J’ai une vision d’un lieu résolument tourné vers les autres champs artistiques, tournés vers d’autres cultures, tournés vers d’autres publics, tourné vers … Et, c’est depuis une approche décomplexée des traditions, mêlant la culture savante et la culture populaire, la culture européenne et culture extra-européenne que j’imagine ce projet: un projet rayonnant dans toutes les directions (géographiques, artistiques, historiques, esthétiques…), un CCNO proposant une gamme élargie de projets à vivre comme des expériences artistiques singulières et permettant à chacun d’élargir sa vision de la danse, de l’art et du monde.

Maud Le Pladec, janvier 2017

Maud Le Pladec

Maud Le Pladec se forme à la danse contemporaine en 1999, en intégrant la formation ex.e.r.ce au Centre Chorégraphique National de Montpellier dirigé par Mathilde Monnier. Elle travaille ensuite à l’étranger, d’abord à Vienne (Autriche), dans le cadre de Dance-web, puis comme interprète dans les projets des chorégraphes Takiko Iwabuchi (Japon), Guillermo Bothello (Suisse), Patricia Kuypers (Belgique), Bojana Mladenovic et Dusan Muric (Serbie).

En 2001, Maud Le Pladec entame son premier projet, dont les enjeux et les préoccupations principaux découlent directement de son séjour à Tokyo. Ce début de chantier marquera aussi l’amorce d’un désir : celui de collaborer et de mettre en place un cadre propice à la recherche chorégraphique. La rencontre avec Mickaël Phelippeau, Typhaine Heissat, Virginie Thomas et Maeva Cunci sera déterminante dans l’affirmation de ces choix. La même année, à l’initiative de ces cinq danseurs, naîtra le collectif Leclubdes5.

Parallèlement, Maud Le Pladec poursuit son parcours d’interprète et participe aux créations Texture-composite, Sagen et Décomposition d’Emmanuelle Vo-Dinh. En 2000, elle rencontre Loïc Touzé qui l’invite à travailler, aux côtés de Mathieu Doze, Jennifer Lacey, et Latifa Laâbissi, sur Morceau-les fondations, première étape du projet au long cours, Morceau. Cette collaboration se poursuivra, trois ans plus tard, avec la création de la pièce Love.

En 2004, elle interprète Once upon a time de Georges Appaix. La même année, dans le cadre du collectif Leclubdes5, elle co-signe, avec Mickaël Phelippeau, Fidelinka et Fidelinka-extension, respectivement présentés aux Laboratoires d’Aubervilliers à Paris et aux Subsistances à Lyon.

Elle collabore ensuite avec Mathilde Monnier sur les créations 2008 Vallée avec le chanteur Philippe Katerine (2006) et Tempo 76 (2007), puis au projet All Cunningham Project (2008) de Boris Charmatz à Berlin. Elle travaille avec le plasticien Marcel Dinahet sur l’installation Danseurs Immobile à la Ménagerie de Verre et sur Figure présentée au Centre d’Art La Criée à Rennes.

En 2004, elle intègre la Formation Supérieure de Culture Chorégraphique auprès de la critique de danse Laurence Louppe. Elle est actuellement titulaire du diplôme supérieur en Culture Chorégraphique, après la rédaction et la soutenance d’un mémoire de recherche en danse sur la question de l’analyse d’oeuvre chorégraphique depuis la posture de l’interprète. En 2009, elle interprète Ciao Bella du chorégraphe Herman Diephuis, puis assiste le chorégraphe Boris Charmatz au Musée de la Danse sur le projet Roman Photo. Elle est ensuite interprète dans Levée des Conflits (2010), ainsi que dans Enfant (2011) de Boris Charmatz.

En 2010, Maud Le Pladec créé Professor, pièce chorégraphique pour trois interprètes sur la musique de Fausto Romitelli. Professor obtient, la même année, le prix de la Révélation Chorégraphique 2010 par le Syndicat de la Critique Française. En Novembre 2011, elle crée Poetry au festival « Mettre en Scène » au Théâtre National de Bretagne à Rennes, pièce qui forme avec Professor un diptyque autour de l’œuvre de Fausto Romitelli.

En février 2012 et 2013, elle est invitée par les Subsistances à Lyon à créer deux pièces autour et à partir de l’œuvre musicale des compositeurs David Lang et Julia Wolfe. Ominous Funk et Demo, créées pour l’occasion, seront le point de départ d’un projet au long cours (2012-2015) autour du collectif de musique contemporaine new yorkais Bang on a can. En mai 2012, elle crée pour le Festival Les Musiques au Théâtre de la Criée à Marseille une version live de Professor, en collaboration avec l’Ensemble Ictus sous la direction de Georges-Elie Octors.

En 2013, elle est lauréate du programme Hors les Murs de l’Institut français et effectue dans ce cadre une recherche à New York sur le collectif Bang on a can et le courant de la musique post-minimaliste américaine. Cette recherche et cette immersion dans le contexte d’émergence de ce courant musical viendront alimenter la création de DEMOCRACY en 2013, pièce pour cinq danseurs et quatre batteries (Ensemble TaCtuS) et plus récemment de CONCRETE en novembre 2015 (créations Mettre en Scène), projet d’envergure conçu pour cinq danseurs et neuf musiciens de l’Ensemble ICTUS (Bruxelles). En octobre 2015, Maud Le Pladec est invitée par l’Opéra de Lille à collaborer à la création de l’Opéra XERSE (Cavalli/Lully, mise en scène Guy Cassiers, direction musicale Emmanuelle Haim/Concert d’Astrée).

Cette même année, elle initie un nouveau cycle de créations autour de la parole donnée aux femmes en cocréant Hunted avec la performeuse et auteur New Yorkaise Okwui Okpokwasilli dans le cadre d’une commande des Subsistances pour le festival Aire de Jeu. Ce projet ouvre un nouveau chantier de recherche et de création autour du texte, et de la façon dont l’écriture des mots croise celles du mouvement et de la musique, Maud Le Pladec travaille actuellement sur sa prochaine création MOTO-CROSS (2017).

Ses œuvres ont été récompensées par plusieurs prix et distinctions : prix de la révélation chorégraphique du Syndicat de la critique française en 2009, Prix Jardins d’Europe en 2010, Chevalier de l’ordre des arts et des lettres en 2015. Maud Le Pladec est artiste associée à La Briqueterie – CDC de Vitry-sur-Seine.

Elle poursuit également son travail d’interprète auprès de Boris Charmatz (Levée des Conflits, Enfant et Manger).